Mozart requiem 2014

 

 

Un testament poignant : le Requiem de Mozart K 626

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette fin d’année 1791 sonnera le glas pour ce compositeur hors norme. En effet, le 20 novembre, Mozart doit s’aliter après avoir dirigé sa Cantate Maçonnique  Laut verkunde unsre Freude (K.623) pour l’inauguration du nouveau temple de sa loge le 18 courant.

Le 4 décembre, il fera la lecture des parties déjà achevées de son Requiem, alors qu’il ne lui reste qu’une quinzaine d’heures à vivre. C’est lui-même qui chante la partie d’alto, puis il donne à Süssmayer des indications pour terminer l’ouvrage. Se savait-il mourant ou voulait-il, plus simplement, que la commande soit honorée dans les temps ? Il reste lucide toute la soirée et rend son âme à 0h55.

Le 6 décembre, après une bénédiction devant la Chapelle du Crucifix de Saint-Étienne, Mozart est enterré dans la fosse commune du cimetière St. Marx.

Le 27 janvier 1792, il aurait eu 36 ans.

 

Les conditions de la création du Requiem en ré mineur, KV 626 restent obscures. En juillet 1791, il achevait La Flûte enchantée dans une condition physique et financière délabrée, venait de recevoir la commande d’un opéra qu’il lui fallait écrire en trois semaines -La Clémence de Titus-, quand il reçut un émissaire du comte Walsegg qui désirait une messe en mémoire de son épouse disparue. Le nom du commanditaire de l’œuvre fut longtemps caché par son épouse Constance, ainsi que les collaborateurs qui contribuèrent à l’achèvement de l’ouvrage, probablement dans le souci d’être payé. Le compositeur a entièrement écrit les deux premières sections -Requiem & Kyrie-, a dessiné les grandes lignes en laissant même une partie du matériel (parties vocales, basses chiffrées) des Dies Irae, Tuba mirum, Rex tremendae, Recordare & Confutatis, simplement esquissé quelques mesures du Lacrimosa. Comme tout le monde le sait ou presque, c’est Franz-Xaver Süssmayer, élève de Mozart, qui y mit la dernière main. Les parties les plus remarquables du Requiem, dont le Recordare, ont justement été intégralement écrites par Mozart. Même s’il n’a pas été composé à cent pour cent par Mozart, il lui correspond pourtant pleinement autant par l’intense dramaturgie maintenue tout au long de l’œuvre que par son douloureux renoncement et son énergie véhémente.

 

L'œuvre est écrite pour 4 voix, chœur, 2 cors de basset, 2 bassons. 3 trombones, 2 trompettes, timbales, cordes et orgue ; elle suit le découpage traditionnel d'un Requiem :

 

  • Requiem æternam, (Chœur, soprano solo, chœur)

  • Kyrie (Chœur)

  • Sequentia

  • Dies iræ, (Chœur)

  • Tuba mirum (quatuor solo)

  • Rex tremendæ, (Chœur)

  • Recordare, (quatuor solo)

  • Confutatis, (Chœur)

  • Lacrimosa, (Chœur)

  • Amen, (Chœur)

  • Offertorium

  • Domine Jesu Christe, (chœur, quatuor solo),fugue Quam olim Abrahæ (chœur)

  • Hostias, (Chœur) et répétition de la fugue Quam olim Abrahæ

  • Sanctus, et fugue Osanna (Chœur)

  • Benedictus, (quatuor solo) et fugue Osanna (Chœur)

  • Agnus Dei, (Chœur)

  • Communion (Lux æternam, - soprano solo, chœur) & Allegro, (double fugue, chœur)

 

Le début du Requiem exprime la profession de foi du compositeur avec cette douce résignation, ce sourire un peu triste propre à sa vision de la Mort. Aux portes de l'inaudible, la musique s'installe avec des sonorités étranges et graves. Le Chœur apparaît sur une plainte douloureuse, mais ferme, et il appartiendra à la soprano solo d'évoquer la louange de Dieu.

Le Kyrie, grand monument fugué, représente le versant austère et péremptoire dévolu au chœur. Le Dies Irae est certes dramatique, mais surtout pas théâtral, et le jour de colère est plus celui de la peur physique devant l'anéantissement que de l'effroi devant la colère divine. Le chœur soutenu par les mandements de l'orchestre raconte non pas un livre d'images, mais une aventure individuelle.

Le Tuba Mirum reprend la tradition salzbourgeoise en confiant à un trombone ténor solo la voix de l'au-delà, auquel se confronte celle terrestre de la basse soliste, puis du ténor moins véhément et plus concerné.

Le Rex tremendae insistant annonce le juge clamé trois fois par le chœur à pleine voix, plein de bruit et de fureur. Les techniques contrapuntiques des grands maîtres du passé sont ici utilisées.

 

Le Recordare est un moment d'absolu, humble, suppliant, inquiet et miséricordieux à la fois, ce morceau déroule de longues phrases instrumentales. Dernière musique vraiment achevée par Mozart, cet hymne à la pitié universelle est peut-être la plus belle musique de Mozart.

La vision dramatique du Confutatis mélange les flammes et la consolation.

Le Lacrymosa, même partiellement de Mozart, reste comme une berceuse de la mort, très proche de la cantate BWV 82 de Bach, « Ich habe genug » ; musique de déploration, mais aussi de consolation ; elle marque le retour au mystère du début du Requiem. Le Sanctus est le premier mouvement écrit entièrement par Süssmayer. Après une glorification du Seigneur très succincte, suit un mouvement fugué Osanna in excelsis, remarquable par son rythme syncopé.

Le Benedictus met en jeu le quatuor de solistes et le chœur reprendra avec le Osanna in excelsis.

L'homophonie domine l’Agnus Dei. Le texte Agnus Dei est repris trois fois, toujours avec des mélodies chromatiques et des revirements harmoniques. Les basses entonnent le thème du premier mouvement (Requiem Æternam). Ce mouvement enchaîne directement sur le Lux Æternam, lequel reprend la musique du premier mouvement, puis celle du Kyrie, presque note pour note, quoique sur un texte différent.

 

 

Ainsi achevée, cette œuvre est étonnante par sa synthèse de tout le savoir-faire de Mozart, de tout son héritage des grands maîtres, mais aussi par sa prémonition des sonorités à venir.

 

 

Texte de Odile THOMAS